Accéder au menu atlantia
« Retour aux événements

Automnes, Plus je vieillis, plus je me sens prête à vivre

Christine Jordis

Evénément : Christine Jordis

Prix : Gratuit. Merci d'annoncer votre présence.

Début : 15 novembre 2017 18 h 00 min

Fin : 15 novembre 2017 20 h 00 min

Adresse :

119, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, La Baule, 44500, France

Google Map

Auteur : Christine Jordis

Livre : Automnes, Plus je vieillis, plus je me sens prête à vivre

Entretien de Christine Jordis avec Thierry Clermont, Le Figaro 12 octobre 2017

 

Christine Jordis : «Chacun doit affronter sa vieillesse librement»

 

 

Par Thierry Clermont
Mis à jour le 12/10/2017 à 17h34 | Publié le 12/10/2017 à 17h25

 

INTERVIEW – La romancière s’en prend à la dictature du jeunisme. Et décoche quelques flèches à la «silver economy», qui surfe sur le marché des seniors.

 

Longtemps directrice de la fiction anglaise chez Gallimard et membre du comité de lecture des mêmes éditions, romancière, biographe de Gandhi et du poète William Blake, juré du prix Femina, Christine Jordis vient de publier Automnes (Albin Michel), un pamphlet où elle dénonce le traitement de la vieillesse par notre société obsédée par le jeunisme. Rencontre avec cette figure des lettres, qui ne mâche pas ses mots.

 

LE FIGARO. – Comment vous est venue l’idée de ce livre?

 

Christine JORDIS. – J’y pense depuis des années. En fait, depuis que je reçois des publicités d’entreprises de pompes funèbres me proposant d’anticiper mes obsèques, avec conseils, devis… Ils sont ce que j’appelle des flibustiers croque-morts. Vous savez, la «silver economy» est un marché juteux, où les acteurs réalisent de confortables profits sur le dos de ce qu’on appelle – quel horrible mot – les seniors.

 

Et le titre: Automnes?

 

Tout simplement parce que chacun d’entre nous vit ou va vivre son automne, il en est ainsi, et ce, de façon différente. Mais cette vieillesse, je la refuse telle qu’on nous l’impose. Chacun devrait se sentir pleinement libre de l’affronter comme il l’entend.

 

«Toutes les marques se précipitent pour vous faire dépenser de l’argent, à coups de séances de gymnastique, de crèmes anti-âge, et j’en passe»

 

C’est-à-dire?

 

On nous fait peur, on nous brandit des menaces en permanence. Des menaces de maladie, d’affaiblissement, d’hospice. On nous impose des interdictions, on nous abreuve de conseils. On est accompagnés, infantilisés, comme si nous étions des gamins, à coups de recommandations permanentes qui nous enlèvent cette liberté d’être nous-mêmes. Toutes les marques se précipitent pour vous faire dépenser de l’argent, à coups de séances de gymnastique, de crèmes anti-âge, et j’en passe. Le critère, le mètre étalon de tout cela est le diktat du «rester jeune», c’est ce qu’on appelle le jeunisme. Le vieux doit rester jeune, on ne lui donne pas le choix. Or, ce jeunisme est une illusion absolue. Une sorte d’idéal qui nous déconseille de regarder notre vie, en nous intimant l’ordre d’imiter les jeunes. Alors que c’est un combat perdu d’avance, doublé d’un flagrant déni de réalité !

 

Dans votre livre, vous vous étendez également sur la dictature du chiffre et de la tranche d’âge.

 

C’est un véritable scandale. 60 ans et sa fameuse barre, 64 ans, 72 ans, 80 ans… Ce chiffre, qui me détermine aux yeux des autres et qui me fait entrer automatiquement dans une catégorie de citoyens et de consommateurs, est une tromperie. Eh bien non, ai-je envie de dire! Je suis moi, et rien d’autre, je ne tiens pas à être réduite à un numéro, un millésime. On nous fait vivre dans le mensonge, on nous enferme dans des dates et des événements, heureux ou pas. Marcel Proust nous avait prévenus: notre vie n’est pas chronologique.

 

«J’ai noté qu’avec l’âge et l’expérience, l’appréhension du temps n’est plus la même»

 

Dans le même temps, vous brossez une sorte d’éloge de la vieillesse, plutôt surprenant…

 

Oui, en quelque sorte. Je pense qu’il faut garder en soi de la curiosité et du souffle, si j’ose dire. C’est-à-dire garder le goût de la vie. J’ai noté qu’avec l’âge et l’expérience, l’appréhension du temps n’est plus la même. Nous devons sortir de ce temps linéaire et tenter de vivre l’instant présent, pour mieux en profiter, comme expérience nouvelle.

 

Vous étayez vos propos par des références littéraires, notamment venus des spiritualités orientales…

 

Je pense qu’il était important de rappeler ce qu’avaient dit André Gide, Simone de Beauvoir, John Cowper Powys et son Art du bonheur. Je reste persuadée que, libérés de nombreuses contraintes, nous pouvons vivre autrement, en sortant du temps, en vivant à l’intérieur de soi, par ce qu’on découvre et ce qu’on aime. Mais il est vrai que cela demande de la préparation. Gilles Deleuze parlait à juste titre de la souveraine liberté de la vieillesse, qu’il opposait à l’éternelle (et fallacieuse) jeunesse.

«C’est une véritable libération que d’être dégagée de ce devoir de plaire. Et pourtant, la majorité des femmes nient jusqu’au bout la perte de leur pouvoir de séduction»

 

Par ailleurs, vous abordez d’autres thèmes, que l’on préfère taire: la maltraitance des personnes âgées dans les hôpitaux et les maisons de retraite, le choix de l’euthanasie…

 

Laisser les gens souffrir jusqu’au bout, sur le plan physique mais surtout moral, m’apparaît comme quelque chose d’ignoble. Les législateurs s’intéressent à notre vie et à notre mort, s’y immiscent. Mais de quel droit? J’estime que ce sont des sadiques. Je suis admirative du combat de la romancière Anne Bert, atteinte de la maladie de Charcot, pour le droit à mourir dignement. Le saviez-vous? Gandhi, l’apôtre de la non-violence, était un partisan de l’euthanasie.

 

Vous accordez plusieurs pages à la perte de la séduction féminine, qui accompagne le vieillissement. C’est rarement abordé. Non?

 

Je peux dire qu’il a été agréable mais également pénible d’avoir été sous le regard de l’autre pendant des décennies, et sous l’œil permanent du miroir. Aujourd’hui, je me sens soulagée: ce regard m’est devenu indifférent. C’est une véritable libération que d’être dégagée de ce devoir de plaire. Et pourtant, la majorité des femmes nient jusqu’au bout la perte de leur pouvoir de séduction. On le comprend avec l’âge: le sexe, ou l’obligation du plaisir et de la jouissance, n’est pas la panacée. Qu’on se le dise.

   

AUTOMNES_JORDIS57013_christine_jordis_img

Automnes, Plus je vieillis, plus je me sens prête à vivre
(Albin Michel, sortie le 1er septembre 2017)

« Seuls les vieux on la fraîcheur, une fraîcheur au second degré, conquise sur la vie » Nicolas Bouvier

« La vieillesse, on la voit d’ordinaire comme une perte : on perd la meilleure partie de ses anciens atours, ses munitions de choc, sa beauté et sa force.

Faut-il rester jeune à tout prix, au moral comme au physique, avec des moyens diminués ?

C’est contre cette mainmise de la société sur nos personnes, en particulier sur cette partie de notre vie nommée « vieillesse », que je voudrais écrire. Elle a tout faux, la société, alors pourquoi la suivre. »

Christine Jordis est un écrivain, journaliste et éditrice française, spécialiste de la littérature anglaise, née le 4 janvier 1942 à Alger.

Fille de Henry Morel de Foucaucourt, colonel de cavalerie, banquier et journaliste, et de Charlotte Goüin, Marie-Christine Morel de Faucaucourt épouse Alexander Jordis-Lohausen.

Diplômée de la Sorbonne et à Harvard, elle s’installe à Londres pour préparer la thèse de son doctorat sur l’humour noir dans la littérature anglaise et y enseigne plusieurs années.

À son retour en France, elle devient responsable de la littérature anglaise au British Council (1979 – 1991)

Elle collabore à La Nouvelle Revue Française, puis à La Quinzaine littéraire et au Monde.

De 1991 à 2012, Christine Jordis est directrice de la fiction anglaise chez Gallimard et membre du Comité de lecture des éditions Gallimard. Elle est aussi membre des jurys du prix Baudelaire de la traduction depuis 1985, du prix du Meilleur livre étranger depuis 1992, du prix Femina depuis 1996, du prix Cazes depuis 2006 et du prix du Roman arabe depuis 2008. Elle est aujourd’hui entrée au comité de lecture de Grasset.

Elle a obtenu du prix Valery Larbaud, le prix Anna de Noailles, le prix Médicis essai et le prix Femina Vacaresco.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 
 
Nos partenaire